Pourquoi traiter l’eau de pluie stockée en citerne
L’eau de pluie collectée présente naturellement des impuretés : particules atmosphériques, résidus de toiture, débris végétaux et micro-organismes. Sans traitement adapté, cette eau peut développer des bactéries, des algues et dégager des odeurs désagréables. Le traitement de l’eau de pluie permet de préserver la qualité de l’eau stockée et d’assurer la durabilité de votre installation.
📌 Cadre réglementaire : En France, l’utilisation de l’eau de pluie est encadrée par l’arrêté du 21 août 2008. Ce texte définit les usages autorisés et impose des obligations d’installation et d’entretien. La réglementation sur l’eau de pluie précise notamment les conditions de stockage, de traitement et de surveillance. L’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire) émet régulièrement des recommandations sur les normes à respecter pour maintenir une qualité de l’eau de pluie acceptable.
Les différents niveaux de traitement de l’eau de pluie
La préfiltration avant stockage
La première étape, appelée préfiltration de l’eau de pluie, intervient avant l’entrée de l’eau dans la citerne. Un système de filtration mécanique retient les éléments grossiers :
- Feuilles et branchages provenant des gouttières pour récupération
- Mousses et lichens provenant de la toiture
- Poussières et particules en suspension
- Insectes et débris divers
Les filtres à panier ou à tamis, installés en amont de la cuve de stockage, nécessitent un nettoyage régulier. Leur maillage varie généralement entre 0,5 et 1 mm. Cette préfiltration réduit la charge organique dans la citerne et limite le développement bactérien.
Le traitement dans la cuve de stockage
Une fois l’eau stockée, plusieurs dispositifs permettent de maintenir sa qualité :
Le siphon de tranquillisation : ce dispositif freine l’arrivée de l’eau dans la cuve, évitant la remise en suspension des sédiments déposés au fond.
L’aspiration flottante : positionnée à 10-15 cm sous la surface, elle prélève l’eau dans la zone la plus propre de la citerne, entre les sédiments du fond et la pellicule de surface. Ce système améliore la qualité de l’eau de pluie distribuée.
Le trop-plein siphonné : ce système évacue l’eau excédentaire sans créer de turbulences, préservant la stratification naturelle de l’eau.
La filtration de l’eau de pluie avant utilisation
Avant distribution, l’eau traverse généralement un filtre fin (20 à 50 microns) qui retient les particules résiduelles. Pour certains usages spécifiques, des systèmes de filtration avancés peuvent s’ajouter :
- Filtre à charbon actif pour éliminer les odeurs et certains polluants chimiques
- Stérilisation UV pour détruire les micro-organismes pathogènes
- Traitement physico-chimique de l’eau de pluie pour une purification approfondie
- Osmose inverse pour une eau de très haute pureté (rarement nécessaire pour les usages domestiques courants)
Systèmes de récupération d’eau : équipements et pompes
Choix du système de pompage
Le système de récupération d’eau nécessite une pompe adaptée à votre installation. Deux types de pompes équipent généralement les citernes :
La pompe de surface : installée hors de la cuve de stockage, elle convient aux citernes de faible profondeur (moins de 7 mètres). La pompe de surface offre une maintenance facilitée mais génère davantage de bruit. Son débit varie entre 3 000 et 6 000 litres par heure.
La pompe immergée : placée directement dans la citerne, elle fonctionne silencieusement et peut puiser l’eau à grande profondeur. La pompe immergée convient particulièrement aux cuves enterrées et aux installations de grande capacité. Son rendement énergétique supérieur compense un coût d’achat plus élevé.
Kits complets de récupération
Pour simplifier l’installation, les fabricants proposent des kits de récupération d’eau de pluie incluant l’ensemble des composants : cuve, filtres, pompe, tuyauterie et accessoires. Ces ensembles préassemblés réduisent les risques d’incompatibilité et facilitent la vérification de conformité des réseaux.
Les usages autorisés et leurs exigences
La réglementation sur l’eau de pluie distingue clairement les utilisations permises. Ces distinctions déterminent le niveau de traitement requis et protègent le réseau d’eau potable.
Usages extérieurs
L’arrosage du jardin et le lavage des véhicules ne nécessitent qu’une filtration basique. Un simple filtre mécanique suffit pour éliminer les particules visibles et protéger les équipements d’arrosage.
Usages intérieurs autorisés
Pour les toilettes et le lavage des sols, la loi impose une filtration minimale et une signalisation appropriée. Les points de puisage doivent être clairement identifiés par la mention « eau non potable » et un pictogramme réglementaire. Cette surveillance de la qualité de l’eau passe également par une séparation stricte des réseaux.
Interdiction d’usage alimentaire
⚠️ L’eau de pluie ne peut pas être utilisée pour :
- La consommation alimentaire
- La préparation des repas
- La vaisselle
- Les soins corporels (douche, bain)
- Le lavage du linge (sauf autorisation spécifique avec traitement adapté)
Cette interdiction d’usage alimentaire vise à prévenir tout risque sanitaire lié à la présence potentielle de contaminants microbiologiques ou chimiques.
Dimensionnement et choix de la citerne
Le volume de stockage d’eau de pluie dépend de plusieurs paramètres : surface de collecte, pluviométrie locale et besoins en eau. Une méthode simple consiste à calculer le potentiel de récupération annuel.
Formule de base : Surface de toiture (m²) × Pluviométrie annuelle (mm) × Coefficient de perte (0,9) = Volume récupérable (litres)
Par exemple, pour une toiture de 100 m² dans une région recevant 800 mm de pluie par an : 100 × 800 × 0,9 = 72 000 litres potentiels.
En pratique, les cuves de stockage résidentielles varient entre 1 000 et 10 000 litres. Un volume de 3 000 à 5 000 litres correspond aux besoins d’une famille de quatre personnes pour les usages autorisés (toilettes, nettoyage).
Entretien et maintenance du système de récupération
Contrôles réguliers
Un calendrier d’entretien structuré garantit le bon fonctionnement de l’installation et protège le réseau d’eau :
- Mensuel : vérification visuelle des filtres et nettoyage si nécessaire
- Trimestriel : inspection des gouttières et des systèmes de collecte
- Annuel : vidange partielle et nettoyage de la citerne, contrôle de tous les équipements incluant la pompe de surface ou la pompe immergée
Nettoyage de la citerne
Tous les 3 à 5 ans, selon l’état de l’eau et l’accumulation de sédiments, une vidange complète s’impose. Cette opération comprend :
- L’évacuation totale de l’eau restante
- Le retrait des boues et dépôts du fond
- Le brossage des parois
- Le rinçage abondant
- La vérification de l’étanchéité
Cette intervention peut être réalisée par un professionnel ou par le propriétaire équipé du matériel adéquat (pompe, équipement de protection, système de ventilation).
Hivernage de l’installation
Dans les régions où le gel est fréquent, des précautions s’imposent. Les canalisations extérieures doivent être vidangées ou protégées par un système antigel. Les cuves de stockage enterrées, situées sous la ligne de gel, ne nécessitent généralement pas de protection particulière.
Pour les installations hors-sol, plusieurs options existent :
- Vidange complète avant l’hiver (solution la plus sûre)
- Isolation thermique renforcée de la cuve
- Installation d’un système de réchauffement pour les régions aux hivers rigoureux
Analyses de qualité et surveillance de l’eau
Bien que non obligatoires pour les usages non potables, des analyses périodiques permettent de vérifier la qualité de l’eau de pluie stockée. Les paramètres à surveiller incluent :
- pH (idéalement entre 6 et 8)
- Turbidité
- Présence de coliformes
- Concentration en métaux lourds (selon le type de toiture)
Des kits d’analyse domestiques sont disponibles pour un contrôle rapide de la qualité de l’eau. Pour une évaluation approfondie, des laboratoires agréés proposent des analyses complètes à partir de 80 à 150 euros. Cette surveillance de la qualité de l’eau contribue à l’optimisation du traitement de l’eau de pluie.
Aspects réglementaires et déclaratifs
Toute installation de système de récupération d’eau raccordée au réseau d’assainissement collectif doit faire l’objet d’une déclaration en mairie. Cette obligation vise à informer les services gestionnaires de l’eau et à prévenir tout risque de contamination du réseau public.
Le formulaire de déclaration précise :
- Les caractéristiques de l’installation
- Les usages prévus
- Les dispositifs de filtration de l’eau de pluie installés
- La présence d’une disconnexion entre le réseau d’eau potable et celui d’eau de pluie
Cette séparation physique des réseaux est obligatoire selon la réglementation sur l’eau de pluie. Aucune connexion directe ne doit exister entre l’eau de pluie et l’eau du réseau public, même avec un système anti-retour.
Cette vérification de conformité des réseaux s’effectue lors de la déclaration et peut faire l’objet de contrôles ultérieurs.
Gestion du rejet des eaux usées
Le rejet d’eaux usées issues de l’utilisation d’eau de pluie (toilettes, lavage des sols) doit respecter les mêmes règles que pour l’eau potable. Le raccordement au réseau d’assainissement collectif ou l’installation d’un système d’assainissement autonome conforme reste obligatoire.
Coûts et rentabilité
L’investissement initial varie selon la complexité de l’installation :
- Citerne hors-sol de 1 000 L avec filtration simple : 300 à 600 euros
- Cuve de stockage enterrée de 5 000 L avec système complet : 3 000 à 6 000 euros
- Installation professionnelle avec pompe immergée et traitement avancé : 5 000 à 10 000 euros
- Kit de récupération d’eau de pluie complet avec pompe de surface : 1 500 à 3 000 euros
Les économies dépendent du prix de l’eau dans votre commune et de votre consommation. Pour une famille utilisant 50 m³ d’eau de pluie par an (toilettes, jardin), avec un tarif moyen de 4 euros/m³, l’économie annuelle atteint 200 euros. Le retour sur investissement se situe généralement entre 10 et 25 ans.
Au-delà de l’aspect financier, la récupération d’eau de pluie réduit la pression sur les ressources en eau potable et limite les ruissellements lors des épisodes pluvieux intenses.
Erreurs fréquentes à éviter
Plusieurs défauts d’installation compromettent l’efficacité du système de récupération d’eau :
Absence de séparation des eaux de premier flux : les premières pluies après une période sèche charrient la majorité des polluants accumulés sur la toiture. Un système de rejet des premiers litres améliore la qualité de l’eau de pluie collectée.
Citerne transparente ou mal protégée de la lumière : la photosynthèse favorise le développement d’algues. Les cuves doivent être opaques ou enterr



